48. Inceste chez les adoptés #triggerwarning
#triggerwarning #inceste #adoption
Pour commencer la nouvelle année, j’aborde un thème lourd. J’ai récemment collaboré à une interview réalisée par Sung-Shim Courier pour le magazine francophone Médor. Pour lire l'article complet, je vous oriente vers le numéro 41 de Médor.

Le thème de l’inceste chez les personnes adoptées est gravement sous‑exposé. Les adoptés passent souvent sous le radar des recherches, faute de systèmes permettant de rendre ce groupe spécifique visible. Plusieurs initiatives sont à l’origine du mouvement #metooincest, né après la publication du livre La familia grande (écrit par Camille Kouchner, 2021) en France. De nombreux lecteurs ont réagi et partagé leurs expériences. Plus de 30 000 témoignages ont été recueillis par la commission qui a mené une enquête à la suite de ces réactions. La conclusion est hallucinante : toutes les trois minutes, un enfant français serait victime de violences sexuelles. Parmi ces victimes se trouvent des enfants adoptés, invisibilisés dans les chiffres.
En Europe et en Belgique, très peu de recherches portent sur l’inceste chez les personnes adoptées. Les témoignages cités dans l’article sont bouleversants. Regarder des scènes sexuelles au lit avec le père adoptif, être touché aux parties intimes par un frère, être insultée de « négresse », recevoir des menaces de mort adressées à l’enfant adopté… Comment se fait‑il que les auteurs s’en sortent ainsi ? Comment des personnes instables, alcooliques ou violentes peuvent-elles devenir parents adoptifs ? Le processus de sélection se grippe : dès que le juge de la famille délivre l’agrément, les contacts avec les familles adoptives deviennent quasi inexistants. L’enfant adopté se retrouve alors sous l’autorité directe des parents adoptifs. Pour s’opposer à cette autorité, l’enfant doit d’abord trouver le courage, mettre sa loyauté de côté et avoir la force de dénoncer le problème. Aller à l’encontre de ses parents adoptifs n’est pas une mince affaire. Les enfants adoptés sont souvent pris dans un conflit de loyauté. Ils n’étaient déjà « pas assez bons » pour rester auprès de leurs parents d’origine, pourquoi risqueraient‑ils une nouvelle forme de rejet ? Cela réactive un traumatisme profond. Il ne m’étonne donc pas qu’un adopté sur trois ait été confronté à des violences sexuelles ou à de l’inceste au sein de la famille adoptive.
L’enquête menée par la Commission nationale des droits de l’homme de Corée du Sud (et non par la Commission Vérité et Réconciliation, comme indiqué dans l’article cité) met en lumière des chiffres frappants : 33,5 % des personnes adoptées se révèlent avoir été victimes de violences sexuelles au sein de leur famille adoptive. Plus de 4 sur 10 désignent leur père adoptif comme auteur, plus de 3 sur 10 évoquent un frère ou une sœur adoptif(ve), et plus de 2 sur 10 pointent l’entourage de la famille adoptive. Le fait que ces chiffres ne soient rendus publics que maintenant témoigne du tabou persistant autour de cette problématique. À la suite de cette publication, des excuses officielles ont finalement été présentées le 2 octobre 2025 : la reconnaissance des victimes adoptées est désormais un fait. Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Une enquête générale devrait être menée sur les victimes d’inceste dans les familles adoptives. Certains auteurs justifient leurs actes en invoquant l’absence de lien biologique avec l’enfant adopté. Cela pourrait donc favoriser le passage à l’acte incestueux.
Il est clair que l’accompagnement des personnes adoptées reste insuffisant aujourd’hui, que les organismes et services d’adoption ne prennent pas la situation au sérieux, et que les victimes doivent continuer à subir la terreur des actes ou leurs conséquences durables. Quant aux auteurs : ils circulent encore librement.
Que ce texte soit un appel chaleureux à ouvrir la discussion sur ce sujet. Mettons davantage en lumière le mouvement #metooincest en Flandre, en Belgique et dans le monde. N’hésitez pas à m’envoyer un message ou à réagir via un commentaire sur ce billet de blog.
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