48. Inceste chez les adoptés #triggerwarning

#triggerwarning #inceste #adoption

Pour commencer la nouvelle année, j’aborde un thème lourd. J’ai récemment collaboré à une interview réalisée par Sung-Shim Courier pour le magazine francophone Médor. Pour lire l'article complet, je vous oriente vers le numéro 41 de Médor.

https://medor.coop/magazines/medor-n41-hiver-2025-2026/tabou-inceste-adoption-famille-violence-agression-attouchement-viol-racisme/?full=1

Le thème de l’inceste chez les personnes adoptées est gravement sous‑exposé. Les adoptés passent souvent sous le radar des recherches, faute de systèmes permettant de rendre ce groupe spécifique visible. Plusieurs initiatives sont à l’origine du mouvement #metooincest, né après la publication du livre La familia grande (écrit par Camille Kouchner, 2021) en France. De nombreux lecteurs ont réagi et partagé leurs expériences. Plus de 30 000 témoignages ont été recueillis par la commission qui a mené une enquête à la suite de ces réactions. La conclusion est hallucinante : toutes les trois minutes, un enfant français serait victime de violences sexuelles. Parmi ces victimes se trouvent des enfants adoptés, invisibilisés dans les chiffres.

En Europe et en Belgique, très peu de recherches portent sur l’inceste chez les personnes adoptées. Les témoignages cités dans l’article sont bouleversants. Regarder des scènes sexuelles au lit avec le père adoptif, être touché aux parties intimes par un frère, être insultée de « négresse », recevoir des menaces de mort adressées à l’enfant adopté… Comment se fait‑il que les auteurs s’en sortent ainsi ? Comment des personnes instables, alcooliques ou violentes peuvent-elles devenir parents adoptifs ? Le processus de sélection se grippe : dès que le juge de la famille délivre l’agrément, les contacts avec les familles adoptives deviennent quasi inexistants. L’enfant adopté se retrouve alors sous l’autorité directe des parents adoptifs. Pour s’opposer à cette autorité, l’enfant doit d’abord trouver le courage, mettre sa loyauté de côté et avoir la force de dénoncer le problème. Aller à l’encontre de ses parents adoptifs n’est pas une mince affaire. Les enfants adoptés sont souvent pris dans un conflit de loyauté. Ils n’étaient déjà « pas assez bons » pour rester auprès de leurs parents d’origine, pourquoi risqueraient‑ils une nouvelle forme de rejet ? Cela réactive un traumatisme profond. Il ne m’étonne donc pas qu’un adopté sur trois ait été confronté à des violences sexuelles ou à de l’inceste au sein de la famille adoptive.

L’enquête menée par la Commission nationale des droits de l’homme de Corée du Sud (et non par la Commission Vérité et Réconciliation, comme indiqué dans l’article cité) met en lumière des chiffres frappants : 33,5 % des personnes adoptées se révèlent avoir été victimes de violences sexuelles au sein de leur famille adoptive. Plus de 4 sur 10 désignent leur père adoptif comme auteur, plus de 3 sur 10 évoquent un frère ou une sœur adoptif(ve), et plus de 2 sur 10 pointent l’entourage de la famille adoptive. Le fait que ces chiffres ne soient rendus publics que maintenant témoigne du tabou persistant autour de cette problématique. À la suite de cette publication, des excuses officielles ont finalement été présentées le 2 octobre 2025 : la reconnaissance des victimes adoptées est désormais un fait. Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Une enquête générale devrait être menée sur les victimes d’inceste dans les familles adoptives. Certains auteurs justifient leurs actes en invoquant l’absence de lien biologique avec l’enfant adopté. Cela pourrait donc favoriser le passage à l’acte incestueux.

Il est clair que l’accompagnement des personnes adoptées reste insuffisant aujourd’hui, que les organismes et services d’adoption ne prennent pas la situation au sérieux, et que les victimes doivent continuer à subir la terreur des actes ou leurs conséquences durables. Quant aux auteurs : ils circulent encore librement.

Que ce texte soit un appel chaleureux à ouvrir la discussion sur ce sujet. Mettons davantage en lumière le mouvement #metooincest en Flandre, en Belgique et dans le monde. N’hésitez pas à m’envoyer un message ou à réagir via un commentaire sur ce billet de blog.

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6. Mon rêve: réalité ou fiction?

Samedi, 26/3/2022

Dans 1 semaine, 7 jours, 173 heures, 10000 minutes et environ 600000 secondes, je remettrai les pieds en Inde.

Via Mumbai, Iris et moi, nous rendrons à Patna (dans le Bihar). Le dimanche 3 avril, dans la matinée, nous atterrirons dans l'état où se trouve mon premier orphelinat pour enfants où j’ai été.

L'excitation monte, tout comme l'envie de partir. Après le décès de ma meilleure amie, Anne-Michèle, il m'a fallu des semaines pour exprimer la plus grande tristesse. Je n'arrivais pas à structurer mes pensées, j'avais du mal à me souvenir des informations et il était extrêmement difficile d'organiser un emploi du temps. Heureusement, je pouvais compter sur des personnes fantastiques autour de moi, qui comprenaient mon profond chagrin, qui m'emmenaient manger au restaurant, et surtout: qui respectaient mon rythme. Perdre Anne-Michèle, c'est comme perdre une grande partie de moi-même. Même si je savais que sa maladie ne pouvait être guérie, le fait d'avoir tout donné pour elle pendant 18 mois m'a d'abord rassuré car je n'avais rien à me reprocher. Deuxièmement, l'effet sur mon corps et mon cœur ne devait pas être sous-estimé.

Mais aussi grâce à elle, j'ai maintenant un nouveau défi: ma recherche de la vérité, ma recherche de ma famille.

Depuis toute petite, je rêve de l'Inde, je rêve de rencontrer ma famille, ma mère indienne qui m'a portée pendant neuf mois et m'a donnée la vie. Pendant des années, j'ai vécu dans “une cloche”: dans le mode de vie européen, la culture belge qui ne correspond peut-être pas à 100% à mon vrai moi, mon moi qui a été partiellement caché dans le subconscient. J'étais la première personne de couleur de mon village, j'ai avalé de nombreuses remarques sur mon apparence. Mais je ne pouvais pas paraître faible: je n'ai donc pas réagi et me suis adaptée, toute ma vie. La An que vous avez appris à connaître n'est pas tout à fait la même que la An Sheela d'aujourd'hui. Le besoin de me connecter réellement avec l'Inde prend de plus en plus place. Même si je suis consciente que cette mission n'aboutira peut-être pas encore au résultat souhaité, je suis déterminée à aller le plus loin possible. Et avec Iris à mes côtés, je suis sûre que nous franchirons de nombreuses étapes importantes.

Iris et moi allons partir sans programme détaillé. Nous verrons sur place quelles informations nous obtiendrons et quelles mesures nous prendrons. Entre-temps, nous voulons prendre le temps de visiter Bodhgaya et Nalanda, entre autres. Nous essaierons de vous tenir informés de nos aventures par le biais de ce blog, même si nous ne sommes pas sûres d'avoir un accès facile à Internet.

Pour ceux qui me suivent et qui ont lu mon texte précédent sur mon rêve: j'ai vraiment fait ce rêve, ce n'était pas une simple histoire. Grâce à Saartje, qui m'a sérieusement guidée pour rendre la perte d'Anne-Michèle plus supportable, j'ai reçu quelques explications sur mon rêve. Mes yeux se sont écarquillés lorsque j'ai découvert toutes les explications qu'elle a données. Je vous laisse la liberté de vous faire votre propre idée de ce que j'ai vécu dans mon subconscient et de la signification que cela peut avoir :

  • L'avion: représente une recherche de liberté psychologique, l'ascension vers une nouvelle façon de penser.
  • Le retard dans le départ de l'avion: le temps n'est pas encore totalement mûr pour cette transformation psychologique.
  • Escaliers: font référence à un effort:
    • Vers le bas : retour dans le passé
    • Vers le haut : vouloir améliorer les choses
  • Le verre: c'est la frontière entre l'au-delà et la vie ordinaire.
  • Poissons: connexion avec l'émotionnel mais aussi avec le côté sage de vous-même, ils sont aussi un symbole de prospérité.
  • Flash de lumière: symbolise le développement de l'intuition ou de la perspicacité.

Que pensez-vous de cette analyse? Qu'est-ce que vous me souhaitez?

Après 40 ans, aller enfin vers ce dont je rêvais mais que je n'ai jamais osé dire, c'est une victoire en soi pour moi!

Remerciement:

J'ai écrit ce texte avec l'aide de Coline Fanon (traduction) et Saartje Verhoest (analyse de mon rêve).

Je tiens à remercier ma Mimi (Anne-Michèle) pour tous les textes précédents, elle m'a accompagné pour lancer tout ce qui concerne mon adoption, elle a passé des heures et des heures à m'écouter et à m'encourager. Elle a patiemment relu toutes mes traductions. Avant son décès, elle a contacté Coline pour prendre la relève. Je n'en savais rien. Jusqu'au jour où je lui ai demandé de vérifier mes traductions. Des larmes ont coulé sur mes joues lorsque j'ai entendu qu'elle s'acquitterait de cette tâche avec dévouement, car Mimi s'en était déjà chargée. Coline ne le ferait que si je le lui demandais. Le destin a-t-il aidé ici? En bref, Anne-Michèle est une amie qui a parcouru un long chemin avec moi. Et elle restera dans mon cœur pour toujours, reconnaissante pour tout ce qu'elle m'a apporté. Mon étoile scintillante, 4-ever.